
Remontez une seule artère vers le nord, puis redescendez-la. Elle s’appelle Semmarine, elle part de Jemaa el-Fna, et c’est la colonne vertébrale de tout le quartier. C’est toute la méthode, et elle tient parce qu’un aller-retour ne se referme jamais sur lui-même.
À quelle porte descendre
Les taxis n’entrent pas dans la médina. Les ruelles sont trop étroites pour les voitures, et on vous laisse aux portes : Bab Doukkala, la Koutoubia ou Jemaa el-Fna selon l’adresse de votre riad. Si ce n’est pas Jemaa el-Fna, vous avez une décision à prendre dès le premier jour, et elle consiste à marcher quand même jusqu’à la place. Tournez le dos à la Koutoubia, prenez plein nord, et deux minutes plus tard vous êtes à l’entrée de Semmarine.
Plonger directement par la porte la plus proche fait gagner de la marche. Ça se paie en fin de journée, quand plus rien autour de vous ne ressemble à l’endroit par lequel vous êtes entré.
Deux repères suffisent
Le premier est une direction. La place Jemaa el-Fna se trouve toujours au sud des souks, et cela reste vrai quel que soit l’endroit où vous vous êtes égaré. Le second se regarde en levant la tête. Les minarets dépassent des toits et donnent une indication quand les ruelles n’en donnent aucune ; celui de la Koutoubia se tient au sud-ouest de la place.
D’autres méthodes existent, les grandes portes et les places qui balisent le terrain. Elles sont justes — et c’est déjà beaucoup pour une tête fatiguée par la chaleur.
Ne comptez pas sur la signalétique. Il n’y en a pas de claire, les quartiers se fondent les uns dans les autres, et il faut une trentaine de minutes de marche avant d’en sentir la logique. Beaucoup de ruelles n’ont tout simplement pas de nom.
Une fois l’artère sous vos pieds
Un enchaînement simple part de la place, remonte Semmarine plein nord, passe par la Rahba Kedima et s’arrête à la médersa Ben Youssef : environ 2,5 km, deux heures sans courir. Une heure suffit si vous restez autour de la place, une demi-journée si vous y ajoutez les palais du sud. Retrouver Semmarine, c’est retrouver la sortie. D’où le demi-tour plutôt que la boucle : une boucle vous demande de reconnaître une sortie que vous n’avez jamais vue, un demi-tour vous demande seulement de faire volte-face. Le trajet aller a laissé dans votre tête bien plus de repères que vous n’en avez conscience. Un axe ne dit pas où tourner ; il dit comment rentrer.
Ce que vend chaque ruelle est une autre affaire, et quels souks visiter à Marrakech trie les souks qu’on traverse sans rien acheter et ceux où l’on entre uniquement pour acheter. S’il y a une raison de quitter l’artère pour tout un après-midi, c’est un tapis : où acheter un tapis sans se faire avoir.
Le téléphone sous les toits
Le GPS perd souvent le fil dans les ruelles couvertes. Télécharger une carte hors ligne reste utile, et le GPS fonctionne même sans réseau. Ce qui bloque ici, ce sont les toits. Ailleurs sur le site, nous conseillons de mémoriser l’itinéraire sur quelques minutes plutôt que de suivre l’écran en marchant. Ce conseil tient d’ailleurs moins à l’orientation qu’à la ruelle elle-même : dans les zones de fort passage, le téléphone se garde près du corps, dans la main fermée ou en poche.

Il y a plus malin à faire de la carte avant d’entrer. Épinglez-y un café-repère, un endroit où souffler si la foule vous submerge.
Perdu pour de bon
Continuez à marcher. La place Jemaa el-Fna n’est jamais fermée et les souks ne ferment pas leur accès aux piétons. Puis demandez à quelqu’un d’assis. Un commerçant installé indique la direction sans se lever, et « Jemaa el-Fna ? », prononcé à peu près correctement, suffit en général à obtenir un doigt pointé. Entrer dans un café ou un riad et poser la question au comptoir fonctionne tout aussi bien. Montrer la carte de son riad épargne la moitié de l’échange.
Rien de tout cela ne dure longtemps, du reste. Depuis la place, comptez une dizaine de minutes à pied jusqu’à la Kasbah, une quarantaine jusqu’à Guéliz.
Parce qu’on aborde ceux qui hésitent
L’approche du faux guide se déclenche sur un signal précis : quelqu’un s’arrête au milieu d’une ruelle, la tête levée, et cherche du regard. La proposition est toujours gratuite et spontanée, et le basculement arrive une fois que vous êtes loin de votre point de départ et psychologiquement redevable. C’est votre hésitation qui fournit la matière première. Les phrases qui servent à la fabriquer se répètent d’une ruelle à l’autre : « c’est fermé par là », « la place est de l’autre côté », « aujourd’hui c’est la fête berbère ».
Deux gestes suffisent à couper court. Ne suivez jamais quelqu’un que vous n’avez pas sollicité, et dites « la shukran » sans ralentir. Les variantes sont nombreuses, et nous les avons réunies sur notre page sécurité à Marrakech.
Si vous préférez payer quelqu’un
Ce qu’on achète avec un guide, c’est une médersa qui cesse d’être une jolie cour. La direction du sud, vous l’avez déjà.
Comment reconnaît-on un guide officiel ? La licence vient du ministère du Tourisme marocain. Un vrai guide est encarté, et il est payé d’avance, sur un tarif convenu. Réservez depuis votre riad, avant d’entrer. Celui qui vous aborde à l’entrée du souk n’a, par construction, rien convenu du tout.
Quand se perdre cesse d’être agréable
Tout le monde vous dira de vous perdre, et nous aussi : nos incontournables à visiter à Marrakech accordent un quart d’heure d’égarement, à condition de rejoindre ensuite une rue qu’on reconnaît. Ce quart d’heure est un budget, pas une invitation ouverte.
Ce qu’on rapporte de ces ruelles, et à quel prix, ne se décide pas en marchant : c’est le sujet de notre dossier sur les souks de Marrakech.
Se perdre reste agréable tant que ressortir est une décision. Quand ça devient une question, inutile d’aller voir une ruelle de plus : retrouvez l’artère et redescendez-la.