
Un souvenir générique, c’est l’objet dont personne, derrière l’étal, ne sait dire la ville ni le métier. Le cuir, le cuivre martelé, le fer forgé et l’osier tressé se fabriquent à Marrakech même ; le thuya vient d’Essaouira, et l’argent surtout du Sud, de Tiznit à Goulimine. Tous sont marocains.
Un bracelet de Tiznit vendu dans la médina n’a donc rien de faux. Un bracelet dont le vendeur ignore tout, si.
Pour la liste des achats, les souks où les trouver et les prix de départ, voyez notre guide que ramener de Marrakech.
« Fait main », label et étiquette
« Fait main », c’est ce que dit le vendeur. Personne ne le vérifie pour vous, et la formule dit peu de chose de toute façon : l’artisanat marocain se travaille à la main avec des machines et des outils restés largement traditionnels. Une machine dans l’atelier ne rend pas un objet suspect.
Ce qui se vérifie, c’est une marque posée par quelqu’un d’autre que le vendeur. Le Label national de l’artisanat du Maroc, « Morocco Handmade », est une marque de garantie officielle à trois niveaux, qui juge le produit et aussi l’unité qui le fabrique. Son annuaire des unités labellisées est public, coopérative par coopérative, du tissage au thuya en passant par le cuivre et le cuir. Un nom de coopérative sur une étiquette se contrôle donc avant de payer. Ne comptez pas pour autant le croiser à chaque étal, et ne tenez pas son absence contre le vendeur. Sa page consommateurs annonce 350 unités labellisées depuis son lancement en 2013. D’autres chiffres officiels, plus élevés, circulent : notre page consacrée au tapis les reprend. Les comptes ne concordent pas, et nous préférons le dire plutôt que d’en choisir un.
Sous la marque ombrelle « Maroc fait main », l’un des cinq labels s’appelle « Artisanat Régional » et sert à distinguer les produits locaux. C’est celui-là qu’il faut chercher sur une étiquette.
Cuir, cuivre, fer, terre et osier
Ces métiers-là se voient travailler en ville. Les tanneurs de Marrakech fabriquent babouches, sacs et articles de salon ; la dinanderie y travaille le cuivre et le laiton, le fer forgé y donne lanternes et miroirs, et l’osier, le raphia et le palmier s’y tressent comme à Fès ou à Salé. La poterie a sa colline des Potiers, où des générations d’artisans façonnent des pièces utilitaires comme des objets décoratifs.
Pour ces objets, le conseil de notre guide des souks de Marrakech tient sans réserve : l’atelier existe, et souvent à quelques pas de la boutique. Demandez à le voir. Un vendeur qui en a un n’a aucune raison de refuser.
Un plateau en cuivre martelé à la main garde des facettes inégales jusque sous le rebord. Passez-y le doigt, puis sur le décor : ciselé, un motif a du relief ; estampé, il reste plat et se répète à l’identique d’une pièce à l’autre.
Pour la babouche, le test de la paire industrielle est expliqué dans notre page sur les souks à visiter à Marrakech.
La terre cuite pose surtout une question d’usage. Pour cuisiner, notre guide de souvenirs conseille un tajine en terre cuite sans plomb, et garde les motifs peints à la main pour la décoration. Un tajine décoré acheté pour le four, c’est un objet authentique mal choisi. Les couleurs, de leur côté, situent la pièce : le bleu pour Fès, le jaune pour Safi, le vert pour Meknès. Une assiette de Safi vendue à Marrakech est parfaitement honnête.
La vannerie paraît trop modeste pour qu’on la copie. On la copie pourtant. L’État a porté en justice la protection de la vannerie de Taza-Taounate, comme celle du zellige de Fès, et la loi n° 133-12 a ouvert pour la première fois les indications géographiques aux produits de l’artisanat. La stratégie de labellisation du secteur nomme d’ailleurs, noir sur blanc, ce qu’elle combat : l’absence de traçabilité, la contrefaçon, la concurrence déloyale. Demander d’où vient un panier n’a rien d’une lubie de touriste.
Argent et thuya
Deux matières sont marocaines sans être marrakchies.
De nombreux bijoux en argent sont produits à Goulimine, Agadir, Essaouira, Tiznit ou Taroudant, puis vendus dans les souks des anciennes médinas. Notre guide de souvenirs signale aussi de vrais ateliers encore en activité autour de Dar Si Saïd. Une fibule sur un étal peut arriver par l’une ou l’autre route. Demandez laquelle.
Le même guide conseille de demander le poinçon. Faites-le, en sachant ce qu’il dit. Au Maroc, les ouvrages en argent soumis au contrôle passent par un bureau douanier de la garantie, et la marque indique le métal et son titre légal : pour l’argent, une tête de vache avec le chiffre 1 ou 2. Elle ne certifie ni la qualité de la fabrication, ni l’origine, ni l’ancienneté. Les pièces d’un gramme ou moins en sont dispensées, ce qui explique qu’une toute petite boucle n’en porte pas.
Notre guide écrit aussi que chaque pièce est unique, façonnée à la main. C’est vrai d’un bijou sorti d’un atelier. Pas de tout ce qui brille sur un étal, et le poinçon ne fera jamais la différence à votre place.
Le thuya vient d’Essaouira. Le bois que recherche la marqueterie est la loupe, l’excroissance à la base du tronc, particulièrement dans cette région. C’est elle qui dessine les veines en tourbillon des belles boîtes. Et c’est sur elle que se concentre le marché marocain, au point d’avoir entraîné une déforestation de l’espèce.
Un objet peut être parfaitement authentique et coûter cher à un arbre. Notre conseil : peu de thuya, et petit. Si ce bois vous tient à cœur, attendez Essaouira et un atelier qui vous dira ce qu’il travaille.
Argan
L’argan a ceci de particulier que son nom est juridiquement réservé. L’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale cite l’huile d’argan de la région du Souss Massa Draa parmi les indications géographiques, et en précise la portée : le droit interdit le nom « Argan » aux producteurs extérieurs à la zone, et à ceux de la zone qui ne respectent pas le cahier des charges.

Ce droit s’arrête là où commence la bouteille sans étiquette. Remplie devant vous, elle ne porte ni région ni producteur, rien que la loi puisse protéger. Achetez un flacon qui nomme les deux.
À l’odeur, notre guide décrit l’huile pure comme extraite à froid, avec un léger parfum de noisette. Une huile qui ne sent rien, ou qui sent le parfum, mérite au moins une question.
Et quand un inconnu propose de vous conduire à « une coopérative d’argan », il ne s’agit plus d’huile. Cette approche est décrite dans notre page pour voir les souks sans tourner en rond.
Tissages et tapis
Sur un tissage, le motif traverse l’étoffe et se retrouve, inversé, de l’autre côté. Un motif imprimé pâlit ou disparaît à l’envers. Le test vaut pour un foulard, un coussin, une couverture légère. Préférez aussi une fibre que le vendeur sait nommer : s’il hésite sur la matière, il hésitera sur le reste.
Le tapis mérite plus que ça. Le dos, la frange et les récits de pièces « anciennes » sont dans notre page pour acheter un tapis sans se faire avoir, avec les chiffres du ministère sur les labels.
Le reste de l’étal
Rien n’oblige à fuir le reste. Il suffit de le payer pour ce qu’il est.

La série se trahit d’elle-même : un décor qui flotte sur la matière au lieu d’en faire partie, une pile où aucune pièce ne diffère de sa voisine. Sur un aimant de frigo, aucune importance. Ça le devient quand l’objet se vend au prix de l’atelier. Le prix se discute ensuite, et pas de la même façon selon qu’il y a un atelier derrière le comptoir. C’est le sujet de notre page pour négocier dans les souks.
En boutique, « c’est fait ici ? » est la mauvaise question, puisque pour l’argent ou le thuya la réponse honnête est non. Demandez d’où ça vient, et qui l’a fait. Tiznit, Safi, l’atelier du fond : voilà une réponse. « C’est marocain » n’en est pas une.